Bouleversée, Yuuki éprouvait… une joie intense.
Elle en était certaine maintenant : ils étaient proches. Lui aussi était
sensible, il venait de lui révéler sa face cachée. Elle se ressaisit, elle l'entraîna
dehors et il se laissa faire, déboussolé : on aurait dit un corbeau tombé
du nid. Comme s’il avait lu dans ses pensées, il lui rétorqua : « Et
toi, on dirait une poule qui a trouvé un corbeau ! » Yuuki rougit et
baissa la tête. Quentin la regarda, troublé. Il ne savait comment s’y prendre.
Elle le devina, se redressa, scruta son visage et son torse musclé. Sa
fragilité brutale l’inquiétait et l’attirait. Quentin suivait son regard, sans
comprendre. Tandis qu’ils échangeaient ces regards silencieux, une boule se
forma dans son ventre. Quelque chose qu’il n’avait jamais ressenti. C’était
puissant et doux. Yuuki, ça coulait sur la langue comme du miel, Yuuki. Il
avait lu cette formule dans un livre mais cette fois-ci, c’était vrai. Bleus,
les yeux de Yuuki évoquaient à Quentin une mer d’étoiles perdues dans le ciel
immense.
- Merci, murmura la jeune fille.
- Euuuuh, je… de… de rien, bégaya Quentin.
- Ecoute…
- …
- Je… C’est la plus gentille chose qu’on m’ait
dite.
Quentin sentait la pression monter.
- Qu’est-ce que tu veux ? demanda-t-il soudain
sur un ton agressif.
- Qu’est-ce que, quoi ? balbutia-t-elle.
- Tu m’as dit de venir ou non ?
- Oui, je t’ai dit de venir ! Et ce n’était
absolument pas pour que tu me cries dessus !
- Je crie, moi ?!
- Oui ! hurla Yuuki. C’est… C’est… Tu es
ignoble !
- Comment ?!
Les yeux de la jeune fille se teintèrent de rouge,
un corbeau passa derrière la fenêtre. De gros nuages s’amoncelaient dehors.
- Abject personnage ! Je pensais que… Oh,
laisse tomber ! Va-t’en.
A l’extérieur, la pluie ruisselait, le ciel
tonnait. Une rafale de vent ouvrit la fenêtre et le déluge trempa les deux
adolescents. Quentin resta là, sous la pluie battante, à regarder les joues
mouillées de Yuuki et pas seulement à cause de l’averse.
- Ecoute…
- Non, laisse-moi !
Elle se détourna mais il l’agrippa par le bras.
- Je suis un imbécile, je… Pardonne-moi.
Il avait un air de chien battu. Pour toute réponse,
Yuuki le gifla… et se blottit contre lui, sa tête contre son épaule. Quentin la
serra dans ses bras, son nez humant le parfum capiteux de ses cheveux. Ils
restèrent ainsi longuement, sans rien dire. Puis chacun murmura, en même temps,
le prénom de l’autre…
Lire la suite
Derniers commentaires