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Le Rom@n Tic › John Bordas - Episode 4

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vendredi, mai 27 2011

Désillusion...

John vécut son premier abordage. Ils profitèrent du brouillard pour s’approcher du bateau marchand qu’ils avaient repéré. Ils sautèrent d’un navire à l’autre à l’aide de cordes, avant d’assommer les vigiles. Les pirates prirent ensuite en otage toutes les personnes qu’ils avaient trouvées. Et maintenant, tout fier d’avoir participé à un acte de piraterie comme il en rêvait depuis qu’il était tout gamin, John portait noué à son front à la manière de Johnny Depp un bandeau noir qu’il avait volé à l’un des marins ennemis. Il se pavanait comme un coq sur le pont, quand un des pirates, nommé Charles, l’appela :

- Hé, John, viens par là ! Tu vas découvrir une des facettes les plus excitantes de la vie de pirate et la meilleure récompense pour un abordage réussi. Après l’effort, le spectacle !

John le suivit, croyant pouvoir assister au partage du butin. Il se sentait comme s’il était redevenu l’enfant tout joyeux lorsqu’il visitait un endroit dont on lui avait interdit l’accès.

Le pirate se dirigea vers la soute, il lui colla au train. Mais quand il eut descendu les marches, John découvrit en effet une autre facette de la vie de pirate, un côté bien plus obscur, bien moins noble et héroïque. Des pirates étaient réunis dans un coin et faisaient défiler les prisonniers et les torturaient. Chacun leur tour, les victimes entraient dans le cercle des pirates et quand elles s’approchaient un peu trop ces assassins leurs donnaient un coup de couteau assez fort pour faire souffrir mais pas assez pour tuer, jusqu’à ce que l’addition des coups, nombreux, les conduise à la mort. Alors qu’un prisonnier transpercé de part en part s’écroulait et qu’un nouveau entrait dans « l’arène », Charles dit : « Je parie cinq louis que celui-là ne tiendra pas deux minutes ! » Ne supportant plus l’atmosphère macabre qui régnait dans la pièce, John sortit en trombe… mais la scène qui l’attendait un peu plus loin valait dix fois plus que celle qu’il venait de quitter, sur l’échelle de la cruauté. Les pirates qui avaient assez bu et rigolé « passaient à l’action » dans un petit coin sombre, avec les femmes qui faisaient partie des otages. Une bande de bêtes immondes. John n’en croyait pas ses yeux. Ses rêves sur la piraterie réduits à néant, il tomba à genoux et se mit à pleurer. A mi-chemin entre des pirates tuant de pauvres marins innocents et d’autres violant de jeunes femmes, il était là. Ses yeux ne semblaient pas vouloir s’arrêter de couler… Quand une petite main vint lui toucher la joue. John releva les yeux et découvrit une petite fille. Elle aussi était en pleurs. Elle avait les cheveux rouges et sales. Elle portait une robe déchirée et trop grande pour elle qui avait du connaître des jours meilleurs.

- Pourquoi tu pleures, monsieur ?

- Pour rien, petite, pour rien. Comment tu t’appelles ?

- Emilia, Emilia Jordanie et j’ai 8 ans, dit-elle fièrement.

Alors, John Bordas prit la main d’Emilia et l’entraîna sur le port loin de la folie sanguinaire et cruelle des pirates qui continueraient leur œuvre sans se rendre compte de leur départ…

pirate

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Déboussolé !

Quand John se réveilla, bousculé plusieurs fois, il comprit après quelques minutes qu’il était sur un bateau, entouré par un drôle d’équipage, des pirates. Il chercha Lola… Il l’aperçut bientôt au côté d’un homme, le capitaine, il en était sûr. Et Il la vit l’embrasser !

- Lola, que fais-tu ?

- Tais-toi, moussaillon, et retourne à ton travail ! lui cria-t-elle.

- Mais… Tu ne te souviens pas de moi ?!

- Tu as entendu, cria le capitaine, dégage ou je te jette par-dessus bord.

- Mais… je n’ai rien à faire.

- Demande à Arnaud !

- Mais… C’est qui, lui ?

- Demande à tes compagnons !

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Pirate des Caraïbes ?

Quand John ouvrit les yeux, il avait les mains moites, se sentit fiévreux et surtout pas soutenu. Il regarda sous ses pieds et quelque chose de pas normal était en train d’arriver : la mer se rapprochait de plus en plus de ses pieds ! Il était en train de tomber ! Son corps devint tout froid quand il plongea dans l’eau. Son cerveau était incapable de fonctionner et seul son instinct de survie le sauva en le faisant remonter à la surface. Il allait geler sur place. Le sel était entré dans ses yeux, ses oreilles, son nez, sa bouche. Il sentit un mouvement sous ses pieds. John ne voulut pas savoir si la bête était carnivore ou pas. Il nagea comme il put, ankylosé, mort de peur et épuisé. Une énorme vague pénétra dans ses poumons et il perdit connaissance.

Lola reprit ses esprits. Mais le fait que tout tangue autour d’elle ne l’aidait pas vraiment. Elle se leva tant bien que mal, hasarda quelques pas avant de retomber sur quelque chose de rond, pas très dur. Qui explosa sous son poids. Elle fut arrosée par un liquide rouge bordeaux qui puait l’alcool. Un juron sonore, une malédiction, et un géant baraqué genre armoire à glace habillé façon « Pirates des Caraïbes » l’apostropha d’une voix furieuse :

- Toi ! La môme ! Tu… Tu as osé écrabouiller et vider notre meilleur tonneau ! Quand le cap’tain l’apprendra ! J’donne pas cher de ta peau !

Il la força à se mettre debout, l’entraina jusqu’à une échelle. Elle grimpa avec peine. Le noir de la cale laissa place à la vive lumière du jour.

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Tout bascule au musée

Le garçon prit peu à peu de l'assurance, fit des choses incroyables comme écrire des poèmes, changer de look ou aller au musée ! Le musée. Il s’était habillé class, histoire d'impressionner Lola. Elle, elle avait mis une robe fleurie, cintrée à la taille, ce qui la rendait encore plus séduisante. Le garçon l’embrassa sur la joue, la prit par la main et l’emmena à l’intérieur. C’était un immense bâtiment blanc, avec un escalier de marbre imposant qui dominait l’entrée. Ils l’empruntèrent pour monter à la salle d’exposition qui, ce jour-là, avait pour thème la piraterie. Les amoureux entrèrent dans la grande pièce où le tableau « La capture de Barbe Noire » était mis en valeur. Attirés par la beauté de ce tableau, ils s’avancèrent inconsciemment vers lui. Ils l’admirèrent un moment, puis, sans s’en rendre compte, John tendit sa main et effleura la toile. A cet instant, les gens autour d’eux s’évaporèrent, la salle commença à tourner et les tableaux à disparaître. Progressivement, un nouveau décor se matérialisa.

800px-Capture-of-Blackbeard.jpg Jean Léon Gerome Ferris (1863-1930), La capture de Barbe-Noire (1920)

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