Le Rom@n TIC

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Le Rom@n Tic › John Bordas - Episode 5

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lundi, juin 20 2011

Dans le confessionnal

L’après-midi donc, John, un peu stressé, s’installa dans le confessionnal. Il était seul, c’était calme et il détestait ça. Durant ces quelques mois, il avait passé tout son temps à travailler. Lola lui manquait et l'activité lui permettait de ne pas sombrer dans la dépression. Ça l’occupait. Mais là, dans le confessionnal, il ne put s’empêcher de penser à elle. Lola, sa Lola, sa si belle Lola, mais où était-elle… Une larme coula le long de sa joue, il l’essuya d’un geste sec. Eh, Man, tu vas pas chialer, t’es un homme… Il passa ensuite des heures à écouter les lamentations des habitants, où plutôt, à ne presque pas les écouter, à sommeiller, il ne prenait même pas la peine de les conseiller. Ça ne s’arrêtera jamais !

- Allez-y, je vous écoute.

- Je… je ne sais pas trop par où commencer, monsieur…

Cette voix…

- N’ayez pas peur, vous pouvez tout me dire.

- Je ne suis pas croyante.

- Bon.

- Je trouve que les églises puent. 

- Pourquoi pas…

- Et ici on se caille !

- Je l’ai toujours dit. Mais il ne faut pas leur en vouloir, ils ne connaissent pas encore le chauffage.

- …

- Oui, bon, vous non plus, c’est vrai, que je suis bête !

- Je suis un peu perdue…

- … ?

- Oui, parce que je ne suis pas d’ici.

- …

- Pas de cette époque, quoi.

- …

- Je suis seule dans une autre époque. Les miens me manquent… John me manque.

Ce n’est pas possible, une coïncidence, t’excite pas, c’est pas elle…

- Je l’aime, vous savez.

John avait le cœur qui battait à mille à l’heure. Pas possible, pas possible, pas possible…

- Vous ne dîtes rien ?

- Je…

- Je savais que je n’aurais pas du venir, moi-même je me demande parfois si je ne deviens pas folle. Je vais y aller.

- …

Elle se leva et se dirigea vers la sortie. Avant de partir, elle se retourna et dit : « Au fait, Amen ! » Elle sourit et disparut. C’était elle, c’était Lola. Il l’avait reconnue, ça ne pouvait pas être une coïncidence. Et maintenant, qu’est-ce que tu fais ? Cours !

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Un lien fort s'était tissé

Quelques mois plus tard…

- Hey, mec ! dit John en saluant le prêtre.

- Salut Poteau ! répondit celui-ci en souriant.

Un lien fort s’était tissé entre ces deux-là. La différence de langage qui avait été auparavant sujet d’embrouilles était désormais tournée à la rigolade.

- Et aujourd’hui je fais quoi ? Je prépare la messe, comme d’hab ?

- Non, aujourd’hui, je t’ai réservé un autre labeur. Je dois partir pour l’après-midi, tu t’occuperas d’écouter les confessions des fidèles.

Il commençait déjà à s’éloigner lorsque John l’interpella :

- Mais je n’ai jamais fait ça, moi !

Le prêtre se retourna un instant pour répondre avec un sourire :

- Tu vas gérer.

Et il repartit en rigolant.

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mardi, juin 7 2011

"Vous êtes cool !"

Il avait passé une bonne nuit. Comme un bébé, il avait rêvé de Lola toute la nuit. Mais après avoir ouvert les yeux, la réalité lui était apparue, l’avait écrasé : Lola n’était pas là. Il était seul dans un grand lit en chaume dans une pièce sombre et froide. Il se tourna sur le côté et poussa un cri : Là, tout près de lui, le prêtre d’hier le fixait.

- Tu te réveilles enfin !

- Waouh ! Vous m’avez fait peur ! Vous êtes quoi, une espèce de pervers, pour me regarder comme ça ?!

- Tu es toujours aussi drôle, jeune homme.

Il souriait.

- Allez, viens, maintenant que tu es réveillé je vais te faire visiter la demeure de Dieu.

- Pff... Ce mec est fou. « La demeure de Dieu » qu’il me sort, puis quoi encore ? Ok, je vous suis.

Il sortit du lit. Il avait beau être toujours habillé, le froid le saisit. On se caillait vraiment, ici. Le prêtre se leva et partit d’un pas rapide.

- Hé Ho, moins vite, mec ! Je viens de me lever !

- Oui, désolé, « mec », répondit l’intéressé en rigolant.

- Finalement, vous êtes cool.

Le prêtre ne put répondre, il rigolait trop.

moyen age

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Dans la cathédrale...

Le prêtre déposa délicatement sa main sur l’immense porte de la cathédrale. Il la caressa d’abord, et John se demanda s’il comptait l’ouvrir ou la dorloter / câliner. Mais en s’attardant sur les détails de cette porte, John y vit ce que l’autre voyait : une fissure laissée par des projections, une large trace noire témoin d’un incendie, son bas rongé par une bestiole attirée par l’odeur insupportable qui envahissait la ville entière, mais surtout ses dorures dessinant des volutes et des figures saintes qui encadraient le tout.

Soudain, il entendit le bruit sourd d’un moteur de moto au démarrage ! Il s’attendait à revenir dans son monde, comme si ce son allait le sortir de sa rêverie et le ramener devant le tableau. Mais il sentit un air frais et pur mêlé à l’odeur de la pierre et des boiseries : il pénétrait dans la cathédrale. La pénombre de la ville contrastait avec la clarté du lieu, ses couleurs candides et dorées qui rebondissaient de paroi en paroi. La lumière semblait filtrée par de jolis vitraux bariolés / chamarrés, comme épargnée de toute crasse qui demeurait partout dans les rues / dans la ville / ailleurs. John trouvait à la fraîcheur une forme chaleureuse.

Une vaste allée / allée interminable s’offrait à lui, bordée par des bancs sombres. Au bout de cette allée l’appelait une grande et jolie dame, statufiée qui tendait les bras vers lui. Une force invisible le guidait / happait vers elle. Une légère brise se fit sentir dans son dos. Les pas de John résonnaient dans le monument. Les murs qui l’entouraient semblaient encore plus hauts qu’à l’extérieur. De nombreux retables, autels et œuvres dormaient dans les alcôves de part et d’autre des bancs, de magistrales croisées tenaient la lourde structure de la cathédrale mais John ne voyait que la femme qui l’observait en le couvant d’un regard protecteur. Surtout, il ne voyait rien de l’imposant dôme aux jeux de perspectives et aux personnages finement peints au-dessus de sa tête.

Une fois devant elle, un poids l’accabla et ses jambes cédèrent. John Bordas se retrouva agenouillé, émerveillé, son menton relevé en direction d’Elle. Il resta ainsi plusieurs minutes – une heure, peut-être – jusqu’à ce qu’une main vint se poser affectueusement, se resserrer sur son épaule et interrompre son dialogue muet avec la sculpture. « La Vierge Marie, grande personne de foi, mère de Jésus », expliqua le prêtre à l’enfant. Ainsi commença un long échange entre l’homme d’Eglise et notre John, venu de loin.

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"Quel langage parles-tu ?"

John arriva devant une église, enfin non, pas une église, une cathédrale. Elle était immense, magnifique. Alors qu’il l’admirait, un prêtre était sorti. Il souriait.

- Elle est belle, n’est-ce pas ?

- Quoi ?

- La cathédrale, elle est belle. Crois-tu en Dieu, mon enfant ?

- Euh… Non, j’crois pas.

- Mais quel langage parles-tu ?

Le prêtre disait cela en rigolant.

- Et vous, comment vous causez ? Et arrêtez de vous f… de ma gueule !

- Ahahahahahaha…

Le prêtre, plié en deux, ne pouvait plus s’arrêter de rire.

- ARRETEZ MAINTENANT ! C’EST PAS DROLE !

- Oh ! Si, c’est drôle ! Je ne comprends fichtrement rien ! Ahahahahahah…

- Pff ! Allez, j’me casse.

Il partait déjà quand le prêtre le rattrapa par le bras :

- Mon enfant… as-tu un endroit où dormir ?

John s’était retourné, ils se regardaient.

- Non !

Il avait baissé les yeux en répondant.

- Viens avec moi.

- Où ?

- Là, dans la cathédrale, nous t’accueillerons. Dieu t’accueillera.

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Hallucinant !

John avait atterri sur les fesses au milieu d’une rue commerçante où le bruit et les mauvaises odeurs étaient omniprésents.

Waouh ! Mais où est-ce que j’ai atterri encore ?! Il regarda autour de lui et remarqua les drôles de tenues des passants. Mais comment qu’ils sont sapés, ces gars-là ?! Quelqu’un le bouscula, c’était un homme au visage et aux mains sales, il avait un aspect répugnant. John s’éloigna, dégoûté. Il arpenta les ruelles animées, observa un forgeron, un aiguiseur de couteaux et bien d’autres artisans. Comme dans un rêve il regardait, halluciné, la vie des habitants d’une ville au Moyen-âge. Il ne s’aperçut même pas de la nuit qui tombait déjà. Il fallut qu’il se retrouvât seul pour enfin commencer à « flipper grave ». Ici, il ne connaissait rien. Je suis encore seul dans une autre époque, génial

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Dans une nature sauvage et envoûtante

Il entra bientôt dans une forêt.

John marcha longtemps. Toute la végétation était d’un vert flamboyant avec mille couleurs différentes. Il était émerveillé par cet entourage magique et hypnotisant… En même temps, il avait peur de rester dans cette nature sauvage et envoûtante. Il savait qu’il était dans une jungle profonde et dangereuse, recélant les plus grands dangers et les plus grands secrets. Et puis, au bout d’un moment, il faut penser à se nourrir… Evidemment, il savait se battre et tuer pour manger… dans les jeux vidéo. Il était fasciné et effrayé. S’il pensait à Lola, peut-être qu’il reviendrait, ou au contraire repartirait dans un avenir ou un passé, dans un proche ou lointain…

Soudain, entre deux feuilles, il entrevit une tête. C’était celle d’une jeune fille. Il s’approcha mais elle s’enfuit. Il la suivit. Il déboucha sur un lac. Elle était au bord de l’eau. Elle avait des formes. Elle était belle. Ses cheveux longs descendaient jusqu’en bas du dos. De dos, on ne voyait qu’une jupe – recouvrant des fesses rebondies – en cuir cousu à la main. Quand elle se retourna, il vit son visage maquillé comme une indienne. Ses yeux étaient entourés de blanc, et deux traits de couleurs identiques et verticaux soulignaient sa bouche. Ses joues saillantes étaient soulignées de traces de peinture épaisse et rouge. « Partez ! Ou sinon… » dit la fille. Un dernier regard puis elle plongea profondément dans le lac et ne remonta pas. Son plongeon fut gracieux… gracieux. John fut tout simplement époustouflé par la beauté de la fille. Sidéré. Il ne mangea pas ce soir-là. Il eut une nuit mouvementée. Il rêva de la jeune fille et les mots résonnèrent dans sa tête : « Partez ! Ou sinon… »

jungle

Il se réveilla en sursaut, ce matin-là.

- Lola ?

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lundi, mai 30 2011

"L'île des morts"

Mais John eut soudain une pensée pour Lola. Il ferma les yeux puis les rouvrit : il était à présent seul, dans le musée où il avait vu le tableau « La capture de Barbe Noire » ! Complètement déboussolé, John décida de chercher la sortie... et fut attiré par un tableau dans le fond. Il s’approcha doucement : il s’agissait de « L’Ile des morts » de Böcklin. John allait presque le toucher quand tout à coup il se fit aspirer et se retrouva sur une barque en compagnie de deux hommes. L’un était debout, habillé de blanc, et l’autre assis. Un cercueil était posé au bout de la petite embarcation. John n’osait pas bouger de peur de réveiller la colère des deux personnages. La barque avançait, lentement, John essayait de se faire tout petit malgré le peu de place. La barque accosta, John courut sur le sable.

800px-Arnold_Bocklin_006.jpg Arnold Böcklin (1827-1901), L'île des morts (1886)

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