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Le Rom@n Tic › John Bordas - Episode 8

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mercredi, juin 22 2011

L'Art dans tout ça, c'était quoi ?

Du noir, du blanc, puis toutes les couleurs. Pas plus, pour John. Il ne distinguait même plus la masse, elle s’oubliait dans un silence qui en disait beaucoup. Des gens s’arrêtaient, croquaient les tableaux, les sculptures, qui ne faisaient que déguiser des murs bigarrés. Notre ami ne comprenait plus : L’Art dans tout ça, c’était quoi ? Fallait-il s’éprendre de ces parois ou s’enivrer de ces toiles ? Peut-être valait-il mieux apprécier l’harmonie qu’elles étaient réputées former ? Des hommes disparaissaient derrière les pans de murs de ce qui semblait être une prison sans issue qui s’efforçait d’être attrayante sans y parvenir. Tandis que la foule – qu’en bon misanthrope il détestait – se perdait dans l’Art, John s’égarait dans les dédales du prétendu Musée. A la manière des poupées gigognes, des salles s’emboîtaient les unes dans les autres, de plus en plus petites et encombrées. Le piège se resserrait.

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Chevaux chinois...

cheval chine

Han Gan (706 – 783), élève de Wang Wei, se spécialise dans le portrait des chevaux. Il développe une opposition noir et blanc dans ses sujets. Son nom est devenu légendaire. De très nombreuses œuvres représentant des chevaux sont rassemblées sous son nom. 

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Persuasion

A peine ces mots prononcés, Liu Bei bondit hors du siège.

- Donc, je dois abandonner mes soldats, pour sauver ma vie ?! Et je devrais continuer à vivre en sachant que des hommes se sont vaillamment battus et sont morts en héros pour moi, pendant que j’étais en train de prendre la poudre d’escampette ?! Jamais je ne ferai cela !

- Mais si vous restez et que vous mourez, tout ce pourquoi vos soldats se battent en ce moment même sera réduit à néant. Ils seront morts pour rien.

- Mais qui va les commander si je ne suis plus là ?

- Kong Ming.

- …

- Kong Ming n’est-il pas le plus fin stratège du pays ?

- …

John éprouva de l’admiration pour ce seigneur qui cherchait désespérément un argument pour rester avec ses hommes et se battre au péril de sa vie. Au bout d’un long silence, Liu Bei dit : « Tu as gagné, Chen Zhen. » Puis il chargea quelqu’un d’aller prévenir son épouse. Très vite ils se préparèrent, changèrent de vêtements pour voyager incognito : à la place de l’uniforme vert, une chemise et un pantalon noirs, un long manteau noir également dont la capuche ressemblait à une cape. John-Chen Zhen pensa que s’il avait eu en plus un masque et un chapeau, il aurait fait penser à un personnage d’une vieille série télévisée.

- Ma femme nous attend dehors et si tu es prêt, nous y allons. Il parait qu’il ne faut pas faire attendre les dames, dit Liu Bei en souriant.

- Très bien, répondit John.

Dehors dans la nuit – quel spectacle – une jeune femme se tenait bien droit sur un cheval blanc. Elle avait les cheveux mi-longs attachés… en queue de cheval. Au lieu de porter une robe comme John l’aurait cru de la part de l’épouse d’un seigneur féodal, elle était en armure. Mais ce qui l’étonna le plus, ce fut que malgré sa coiffure et son armure, elle ressemblait de façon frappante à Lola. John ne put s’empêcher de pousser un petit cri de surprise. Il avait, assise en amazone, il avait sous ses yeux Lola.

- Shang Xiang, je te présente Chen Zhen.

- Enchantée. C’est mon beau cheval que tu regardes ?

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Le seigneur Liu

Sans plus attendre, John se dirigea devant la tente de Liu Bei. Il respira un grand coup et entra. Dommage pour la manière forte : la tente était bondée de colosses tous plus baraqués les uns que les autres. Au fond, siégeait sur un trône entouré de deux géants un homme aux cheveux et à la barbe grisonnants. Il se tenait avachi comme si le poids de trop lourdes responsabilités lui incombait. Le géant à sa gauche était habillé de vert, avait une longue barbe qui s’écoulait le long de sa poitrine et lui arrivait jusqu’à la taille. Il tenait à la main, très facilement, une grande lame sculptée qui devait peser une bonne tonne. Celui de droite était aussi vêtu de vert mais en débardeur. Ses bras semblaient n’être faits que de muscles. L’arme était une pique tout aussi sculptée et lourde que celle de son compagnon. John s’approcha, et demanda à celui qui était avachi :

- Pouvez-vous me dire qui est Liu Bei, s’il vous plait ?

- Qui le demande ?

John se rappela subitement qu’il devait donner un faux nom. Il improvisa :

- Heu, moi c’est Chen Zhen.

- Hum. Drôle de nom. Pourquoi veux-tu voir le seigneur Liu ?

- J’ai un message de Kong Ming pour lui.

- Bien, répondit l’homme qui, au nom de Kong Ming, s’était relevé. C’est moi, Liu Bei. Quel message ?

- Vous devez fuir, vous et votre épouse, car ce camp n’est plus sûr. Kong Ming m’a demandé de vous conduire vers le nord, dans un village où vous serez en sécurité.

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"Vouloir ne suffit pas..."

John enfila la tunique rapidement, eut plus de mal pour l’armure. Il attacha son épée à la taille, puis la sortit du fourreau. Plus légère et plus longue que le glaive, plus solide que le fleuret, c’était l’arme parfaite. La poignée était en fer sculpté, avec plusieurs bandes de cuir fin. Sur la lame avait été gravés plusieurs caractères chinois. S’interrogeant sur leur signification, il demanda à Kong Ming, qui lui répondit en souriant :

- C’est un conseil pour le guerrier qui maniera cette arme : « Vouloir ne suffit pas, il faut agir pour atteindre son objectif ».

John approuva de la tête.

- Tu dois maintenant aller voir le seigneur Liu Bei et lui dire que le camp n’est plus sûr, qu’il doit fuir avec son épouse le plus vite possible, incognito, bien entendu, avec une escorte réduite. Accompagne-les. Il refusera certainement, ce sera à toi de le convaincre. Partez vers le nord, il y a là-bas un village sûr.

Kong Ming lui tournait déjà le dos mais il se ravisa, et ajouta :

- Hum. « John », ça sonne bizarre, trouve un autre nom. Ici, il y en a beaucoup qui commencent par un « Z ». Débrouille-toi avec ça.

- Donc, si j’ai bien compris, je dois trouver Liumachin et le traîner de force s’il le faut loin d’ici, c’est ça ?

- De force ? Je doute que tu y arrives, envisage plutôt la diplomatie. Tu trouveras Liu Bei dans la grande tente la plus au sud. Dépêche-toi, Wei Yan doit être en chemin pour m’annoncer qu’il a échoué.

En effet, John distingua derrière Kong Ming un nuage de poussière, signe qu’un cavalier arrivait à bride abattue.

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Un camp militaire

Quelque peu froissé par cette réplique cinglante, John s’assit dans un coin, contempla les alentours : des tentes dressées et, partout, des hommes armés. Ca ne ressemblait ni à un camp romain, où la discipline et l’organisation frôlaient l’obsession, ni à un camp de ces soudards de chevaliers du Moyen-âge, mais c’était bien un camp militaire. John revint à Kong Ming, le dévisagea : l’homme avait petite moustache et bouc, les cheveux coiffés en chignon, portait une longue robe blanche comme on en voit parfois dans les films de Kung-fu, sur laquelle était brodée le symbole du Ying et du Yang. Assis dans l’herbe, Kong Ming gardait les yeux fermés, et tenait à la main un éventail fait avec des plumes de paon. Tout à coup, il se releva et se mit à donner des ordres.

- Wei Yan, tu prends la cavalerie et tu contournes leur armée, tu vas les prendre par derrière. Pendant ce temps, j’envoie les fantassins au devant.

- Très… bien… J’y… vais.

L’homme auquel Kong Ming s’était adressé, jusqu’alors caché dans l’ombre, partit en courant.

- C’est un brave. Il a quelques difficultés pour parler mais ne sous-estime pas son intelligence. Et sa volonté est inébranlable.

- Euh… D’accord.

- Bien. Alors, voyageur, je vais te faire un topo un peu plus complet que tout à l’heure…

- Mon nom, c’est John.

- Très bien, John le voyageur. Tu es en Chine autour des années 200, dans la période dite des « Trois Royaumes ». La Chine est divisée en trois. Lorsque la dynastie Han s’est effondrée, il y a eu plusieurs batailles… qui ont eu pour conséquence la scission du pays en trois royaumes : le Wei, gouverné par Cao Cao et son fils Cao Pi, le Wu, gouverné par les descendants du grand Sun Tzu, la famille Sun… et enfin le Shu, dont le dirigeant est Liu Bei, un des derniers membres de la dynastie Han. C’est le camp que je soutiens. En ce moment même, nous subissons une escarmouche du Wei, car notre seigneur Liu Bei vient d’épouser Sun Shang Xiang, sœur du dirigeant actuel de la famille Sun et du royaume du Wu, Sun Quan. Je voudrais que tu ailles prévenir le couple et que tu lui demandes de fuir. Mais d’abord, enfile ça.

Kong Ming tendit à John le même uniforme vert que celui des soldats, une armure et une épée.

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Petit scarabée voyageur

John était à présent nu, complètement nu. Seulement, autour de lui, ce n’était plus cinq jeunes filles mais une centaine d’hommes de type asiatique en uniforme vert, qui couraient dans tous les sens. Se redressant, John découvrit un homme de taille moyenne assis à côté de lui. Avant que le garçon ait pu articuler quoi que ce soit, l’homme dit :

- Ne m’ennuie pas, petit scarabée voyageur, tu poseras tes questions quand j’aurai trouvé le moyen de sauver nos vies.

Malgré ces paroles, John voulut l’interroger mais l’autre, poursuivit sur un ton menaçant :

- J’ai dit : ne m’ennuie PAS ! Tout ce que tu as besoin de savoir pour le moment, c’est que tu te trouves dans la contrée que tu connais sous le nom de « Chine », que nous sommes à l’époque des «Trois Royaumes », que tu as atterri en plein milieu d’une bataille et que mon nom est Kong Ming.

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mardi, juin 21 2011

1900 !

La féminité tant désirée… et voici que John se retrouvait au Moulin Rouge, en 1900 !

Le french cancan. De vieux hommes, cheveux ras sous hauts de forme bavaient sur les dames et leurs culottes bouffantes. John commanda un verre et voulut s’assoir dans un coin sombre. Il se retira dans un salon annexe de la salle de spectacle. C’était une petite pièce éclairée par seulement trois bougies de suif grasses posées sur un grossier chandelier de bronze. Les murs était peints de vert mais grisâtres à cause du faible éclairage tamisé par un abat-jour marron qui obstruait la luminosité des chandelles. Le salon était séparé de la salle où la musique et le claquement des talons retentissaient par un frêle rideau de vieille flanelle rouge sang. Il était meublé d’un canapé capitonné vert, d’un vert foncé qui le dépareillait des trois autres fauteuils couleur vert de gris qui entouraient un petit guéridon de bois clair.

John s’installa dans le canapé. Il pensa Lola. Et soudain, plein de Lola ! Des Lola partout ! Il posa son verre vide sur la table ronde. Cinq femmes gracieuses se jetèrent sur lui.

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Piétiné par la foule

John était étendu au sol, les yeux fermés, il n’entendait rien.

Puis il sentit sous son corps un sol froid et inégal. Des cris parvinrent à ses oreilles. Il sentit une immense masse autour de lui. Il n’osa pas ouvrir les yeux de peur de ce qu’il pouvait voir. Mais la foule, d’abord stagnante, le piétina. Les cris violents et sourds furent de plus en plus forts. Le sol dur et froid le fit frissonner. Il n’en put plus. Dans un effort qui l’épuisa, il ouvrit les yeux. De part et d’autre de son corps étendu sur les pavés, une foule criait aux portes d’un bâtiment classique en forme de H entouré d’un jardin, touche de verdure dans ce dédale de maisons sales et insalubres. Un homme, petit, maigre, habillé pauvrement et hurlant, marcha sur son abdomen. John cria aussi mais son cri fut étouffé par celui de l’homme et de la foule.

Avec douleur, il se leva. Il avisa une femme près de lui. « Où sommes-nous ? » questionna l’adolescent en pensant que cette femme brune, d’une vingtaine d’années seulement, ressemblait à Lola. « Devant le Palais Royal ! » lui répondit-elle d’un ton enthousiaste. « Devant quoi ? » « Le Palais Royal ! » répéta plus fort la jeune fille. Cette longue chevelure brune au reflet châtain sous la lumière, ce nez long et fin, ces grands yeux verts, sa taille, cette démarche très féminine… Lola ?

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Le peuple était en colère

John invoqua la déesse Lola. Sans doute ne l’entendit-elle pas, car il fut certes projeté dans une autre époque, dans un autre lieu, mais c’était encore au cœur d’un drame. Le peuple était en colère. Il n’aimait pas. Oh non, il n’aimait pas ! Cela faisait plus d’une heure que les représentants du peuple étaient entrés dans le bâtiment. La foule commençait à s’agiter. Soudain, un cri au loin :

- Ils sont prisonniers !

C’était le forgeron de la troisième maison à gauche de l’église Saint François-Xavier. Il en était sûr, le forgeron, car sinon, ils n’auraient pas été si longs. La vérité, disait un autre : ils avaient tout simplement été invités à manger à la maison du gouverneur. Le doute s’installa dans la foule. Au moment où les gens décidaient qu’il était plus sage d’attendre dehors, un éclair les aveugla, et quand ils ouvrirent les yeux, un jeune homme d’une quinzaine d’années se tenait devant la porte.

- Heu… où je suis là ?

Quelqu’un entendit : « Où je fuis, là ? » et cria :

- Il faut attaquer la prison de la Bastille !

Mince alors, j’ai encore déclenché une bataille ! En fait, John Bordas venait d’apparaître devant la porte de la Bastille, en pleine Révolution Française. En pleine bataille. Suuuuuuper.

- Eh ! Pousse-toi de là, gamin ! Tu vas te faire mal ! T’as l’air bien habillé… Tu s’rais pas de la noblesse par hasard ?

Là, John était complètement perdu.

- Heu… Non !

A ce moment-là, une explosion retentit à côté de lui et il s’évanouit.

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L'odeur âcre de la chair brûlée...

De toute façon, Nero n’était plus là.

« O Dieu Apollon, toi, O créateur du soleil, entend nos prières, prends nos offrandes… »

La pythie mit le feu aux corps des animaux sacrifiés sur l’autel. L’odeur âcre de la chair brûlée emplit l’amphithéâtre. … « Et nous t’en conjurons, répond-nous ! »

Un éclair éblouissant aveugla un instant les Grecs. Un tourbillon de lumière vive puis…

- Où suis-je ?

John Bordas, éberlué, vit des centaines d’hommes vêtus de chitons se prosterner devant lui. Une ravissante jeune femme couverte de parures se releva, s’inclina.

- Ceci est un jour nouveau. Un jour heureux, un jour de fête. Apollon nous a répondu ! Apollon est apparu ! Gare aux hérétiques ! Et vive nos dieux !

La foule en liesse se leva et scanda le nom du dieu.

- Apollon ! Apollon ! Apollon !

apollon

John salua. A ce moment-là, une procession grandiose se mit à installer un magnifique banquet de plein air. Une bouffée d’ambition pure monta en John. Après tout, qui l’empêchait de devenir un dieu pour ce peuple ? Avec une assurance nouvelle, John s’avança d’un pas, leva la main. Immédiatement, le silence se fit. Des milliers de visages adorateurs le mangeaient des yeux. Il dit :

- Peuple de Grèce, une grande menace pèse sur vous. J’ai été envoyé par les dieux pour vous prévenir et vous aider. Mais pour l’instant, l’heure est à la fête !

Une ovation éclata, des musiciens se mirent à jouer un air entrainant. Jusque tard le soir le vin coulerait à flots, les grands feux de bois éclaireraient la danse de lueurs sanglantes. Un corbeau cria au loin… et le massacre commença. Des cavaliers noirs au blason rouge sang déferlèrent dans l’amphithéâtre. John, terrorisé, saisit une bûche, l’enflamma et la jeta au loin. Elle tomba sur un tonneau de vin éventré. L’enfer se déchaîna. Les flammes hautes et vives dévorèrent tout sur leur passage. L’odeur âcre de la chair brûlée se répandit parmi les cris de peur et de souffrance.

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