Lemay
fut au rendez-vous. Elle questionna les membres du clubs.
-
Connaissiez-vous Mirline Dufoin ?
-
Quoi ? Cria une personne agée.
-
Est-ce que vous connaissiez Mirline Dufoin ?
-
Qu'est-ce qu'il y a ?
-
Je vous demande si vous connaissiez Mirline Dufoin ! reprit Lemay,
plus fort.
-
Ah ! non, je ne veux pas de riz au lait, répondit le vieillard.
-
Mais ! Je ne vous demande pas si vous voulez du riz au lait ! JE VOUS
DEMANDE SI VOUS CONNAISSIEZ MIRLINE DUFOIN ! hurla Lemay.
Alors,
tous les regards se tournèrent vers elle et plusieurs bouches
prirent la parole :
-
Pauvre Mirline ! Quand on était jeunes, on était à l'école
ensemble. C'était une jeune fille sérieuse et très sympathique. Je
me souviens d'une journée de printemps. Je la regardais sur sa
balançoire... Elle était magnifique... Mais elle ne m'a jamais
adressé un regard.
-
Ouais ! Euh... Ouais ! Yo ! J'... J'connaissais bien Mirline, ouais !
Une femme un peu space mais bon... bon ! Je vais arrêter de mal
parler, ça commence à m'énerver !
-
Moi aussi je connaissais Mirline. Elle était jolie, surtout quand
elle mettait ses grosses lunettes à double foyer...
-
C'est un homme que j'ai vu, qui l'agressait ! J'ai crié : « Nom
de diou ! Vai t'en cagar a la vinha e porta me la clau ! »
Et puis il faisait ben plus de potin mais il a fini par la lâcher.
J'ai dit à Mirline : « Ba pla ? » Elle m'a répondu :
« Comment ? » J'ai dit : « Est-ce que vous allez
bien ? » - Oh, bah, oui, ma foi.
-
Moi, je vous dis, elle a de la chance d'être morte. Ici, il y a une
ambiance funéraire. Tous les jours on mange à un enterrement, c'est
déprimant...

Enfin,
une femme, petite et chauve, s'avança vers la jeune fille et
déclara lentement :
-
Mirline et moi sommes de vieilles amies.
Elle
s'arrêta de parler et se mit à respirer comme si elle venait de
courir devant les cyclistes du Tour de France. Plusieurs minutes
plus tard, elle reprit son récit :
-
Nous nous connaissions depuis la maternelle. Un jour, nous fûmes
élues à égalité les plus belles filles du village.
Elle
débloque, se dit Lemay, il est impossible que deux miss soient
élues. Elle relança néanmoins la conversation :
-
Euh... C'était il y a longtemps alors ?!
-
Oh oui ! Je m'en souviens comme si c'était hier mais c'était en...
1860 !
-
Ah, oui, effectivement, ça fait longtemps ! Pouffa la jeune fille.
Tout
à coup, la femme qui, d'après ses dires, avait vécu presque deux
siècles, recommença à s'étouffer et s'effondra au sol. Lemay
estima que le Club des Aînés était une fausse piste. Elle rentra
chez elle très triste avec une pensée pour Xavier, toujours
invisible, et une pour sa copine Gaïa, à l'hôpital.
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