Le Rom@n TIC

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Le Rom@n Tic › et la saison 4 - episode 1

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jeudi, février 9 2012

... qui sifflent sur nos têtes ?

Quentin suffoquait. Il était réveillé maintenant : ce n’était pas des bandages ni une écharpe, mais quelque chose de vivant et visqueux autour de son cou. Plus il tirait, plus ça l’étranglait. Il baissa les yeux. Ne voyant rien, il s’éclaira avec une lampe de poche et découvrit… Nigi ! Après cinq minutes de lutte acharnée, Quentin réussit à décrocher Nigi mais dans son élan il le jeta dans les airs et Nigi atterrit sur Florence : « Ah ! Ah ! Ah ! » Florence l’envoya sur Oriana qui se mit à crier à son tour : « Mes cheveux ! Il les emmêle ! Il les salit ! Enlevez-le ! » Elle secoua sa tête. Quand elle la releva, le serpent se posait sur Yuuki, qui rêvait encore.

- Oriana, ne recommence pas, je déteste les chatouilles.

- Ce n’est pas moi ! Arrête de m’accuser ! Je ne vais pas m’amuser à te chatouiller, imagine si je me casse un ongle !

Yuuki se réveilla et réalisa. Au même moment, Emilie bondit de son lit pour rattraper son Nigi adoré : « Nigi, mon bébé, ça va aller, Maman est là ! »

Pour qui sont ces...

Dans la chambre "des filles", il se passa cette nuit-là des choses étranges, presque pires que celles racontées par Aku.

Qu’est-ce qui me frôle ? Ah, je sais, ce doit être Oriana qui veut se plaindre de quelque chose, encore. Pourtant, je me suis penchée sur elle il y a cinq seconde et elle dormait profondément… Non, ce n’est pas elle. Un courant d’air ? Ca me fait comme une sensation de fraîcheur, ça me fait songer à un vol de corbeaux… « Au lit, trouble, ch’uis folle ». Oui, je suis devenue folle.  

Oriana ne bronchait pas mais se posait aussi des questions, prise par un cauchemar… Elle avait entendu un sifflement… Elle sentait à présent un frisson sur ses jambes comme un ruisseau de boue….

Quant à  Florence, elle n’était pas trop rassurée non plus. Ce qui l’inquiétait, elle, c’était de dormir avec les autres. A travers la fenêtre elle vit galoper des nuages en forme de chevaux… Elle les compta, jusqu’au moment où…

- Oriana, arrête de me chatouiller.

- Mais ce n’est pas moi !

- Mais c’est qui ?!

Ce dialogue ne réveilla pas Emilie, qui dormait depuis longtemps… mais soudain, elle sentit une chaleur froide entourer son corps. Elle fut bientôt en sueurs. Elle était mal à l’aise. Elle pensa à Echarpe-Nigi, se demanda s’il avait faim.

Et Quentin ? Il était tout heureux, finalement, de se trouver dans un sac de couchage, qui lui faisait penser… à un sarcophage ! Il s’était assoupi et jouait à la momie. Une momie qui allait se réveiller. Il était en Egypte, dans la plus grande pyramide, et avait pour mission de momifier Cléopâtre. Ses yeux, à travers le tissu blanc cassé, s’allumèrent d’un rouge vif. Il prit une voix grave en voyant la reine : « Cléopâtre, je suis venu pour… » Et d’un coup, il s’étouffa : ses bandages s’étaient transformés… en écharpe qui le serrait !

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samedi, février 4 2012

Des hauts et des bas

Les ados n’eurent encore aucune réaction. Peut-être qu’avec ce qu’ils avaient déjà vécu il en fallait plus pour les effrayer ? Peut-être qu’ils dormaient déjà ?

- Bon, c’est l’heure de la répartition des chambres et des lits, chantonna Aku, on rejoint Emilie.

Le groupe se dirigea à pas lents vers le dortoir des filles. Aku entra le premier : sur le lit du bas gisait la malade. Il contrôla sa température, puis : « Bref, deux filles en haut et une en bas, juste au-dessus d’Emilie. Qui va où ? »

Florence cria presque : « J’ai le vertige, je prends le dernier lit du bas ! »

- Hors de question, l’arrêta Oriana, JE prends le lit du bas et TU vas tout en haut ! 

Florence rougit violemment, essaya de riposter, balbutia finalement :

- Je… euh… lit du… bas… vertige… euh…

- Jamais de la vie ! Je risque de me casser un ongle en montant à l’échelle. Et si… Et si je tombais ?! Ma coiffure, mon visage, mon corps… rien ne serait plus parfait !

- Je veux bien prendre le lit le plus haut, dit doucement Yuuki.

- Adjugé ! Il reste donc les deux lits… les moins hauts, dit Aku. Comme Florence a le vertige, je pense que c’est toi Oriane, qui prendra le deuxième lit en partant du haut, ou autrement dit le troisième en partant du bas.

- NOOONNN !!! Jamais ! Jamais ! Jamais ! Jamais ! Si je tombe… Non, non, NON !

Oriana partit en crise de larmes. Son maquillage coula, elle s’enfuit, en hurlant, et alla se refaire une beauté. Aku profita de la confusion pour, contre toute attente, annoncer à Quentin qu’il devait dormir avec les filles. Par terre. Dans un sac de couchage.

- Non.

Un mot, un refus catégorique.

- Tu n'as pas le choix.

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vendredi, février 3 2012

Une histoire qui fait peur aux enfants ?

Pour calmer le mécontentement des jeunes, le moniteur, qui décidément savait gérer toutes les situations, leur promit qu'il les emmènerait demain midi manger la meilleure pizza hawaïenne du monde, au restaurant de la Place de la Halle. Comme certains râlaient encore, il leur demanda s'ils voulaient qu'il leur raconte une histoire, une histoire qui allait nourir leurs rêves.

Quentin ricana :

- Une histoire qui fait peur aux enfants ?

Aku se lança :

« Connaissez-vous la légende de Saint Antonin ? Antonin est venu évangéliser les Ruthènes au début de l’ère chrétienne. Martyrisé à Pamiers, sa dépouille est revenue à Condat dans une barque tirée par deux aigles. À cet endroit, au VIIIème siècle, s’est construit l’Abbaye de Saint-Antonin. La ville s’est développée plus tard autour de cette abbaye et a pris le même nom.

Il est dit au coin du feu, qu'à la nouvelle lune, le fantôme de Saint Antonin revient hanter les abords de la forêt, et en souvenir de ses blessures anciennes, fait souffrir les pauvres âmes qui s'approchent trop près de lui...

Les animaux de la forêt deviennent des ombres maléfiques, les loups hurlent la mort, les serpents sifflent, les ours déchirent tout ce qu'ils ont sous la patte, les chien mordent, le moindre insecte devient vicieux, les arbres tombent, la terre tremble, des maisons du village s'écroulent, les enfants pleurent... Le centre est continuellement en danger, chaque famille se terre dans sa cave, mais cela ne suffit pas... Et ce soir c'est la nouvelle lune, bonne nuit... »

Tous, même Florence, restaient impassibles. Aku essaya un autre conte, plus horrible…

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jeudi, février 2 2012

La solitude du chef

Mister Alsaïmeur partit se perdre dans les couloirs du centre. Franchement, pourquoi n’aiment-ils pas mes… mes… mes plats ?! Je leur avais préparé de merveilleurs… euh… de merveilleux… enfin, je ne sais plus vraiment ce que je leur ai fait mais… mais enfin ! Pourquoi… euh… pourquoi quoi… ? Je ne sais plus. Je ne sais plus ce que j’éprouve... Ah, mais si ! De la fureur ! Alors, oui, je suis furieux ! Oh oui ! Mais… c’est quoi furieux ? C’est de la tristesse ? Ou une envie de vengeance ? Mais la vengeance c’est…

Cette dernière « pensée » fut stoppée par l’ouverture à la volée d’une porte, que lui-même avait ouverte, et il se jeta dans ce qu’il prenait pour sa chambre en lui déclarant :

- Je t’aime ma chambre chaude… Euh… non, froide !

Un long silence, puis :

- Froide ?! OH NON ! JE SUIS DANS LA CHAMBRE FROIDE !!!

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Agata ? Amandine ? Charlotte ? Monalisa ? Nicola ?

Contrairement au programme gastronomique… et délirant qui leur avait été proposé, c'est une salade blanchâtre qui atterrit dans leurs assiettes.

- Qui est suicidaire ? chuchota Aku en regardant les convives autour de la grande table.

Tous les regards des filles, sauf celui de Yuuki, se tournèrent vers Quentin, et le jeune homme, lui, se tourna brusquement vers la fenêtre où se trouvait le village sombre et lugubre de Saint Antonin, soudain illuminé par le reflet des yeux… de Yuuki, justement. La jeune fille se désigna pour le sauver d’une mort certaine et se jeta sur son assiette.

Elle recracha tout sur le visage d’Oriana qui cria, horrifiée :

- Des patates, des patates !

- Et, en plus, elles sont crues ! balança Yuuki sans s’excuser. Qui veut goûter ?

C’est alors qu’on vit passer Melvyn en chariot, renversant tout sur son passage, réussissant quand même à distribuer ses BRE-DRE-TRRR… des pommes château, pommes duchesse et pommes dauphines, ce qui enchanta Oriana mais elle aussi recracha tout ça très vite : encore des patates ! Encore dégoûtantes ! Cette fois, elles étaient cuites mais… sucrées !

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mercredi, février 1 2012

Amuse-gueules

Super Aku soigna Emilie et, encore plus fort, parlementa avec sa mère au téléphone, obtint d’elle que la jeune fille participe au séjour. Vint l’heure du premier repas.

- Bonsoir tout le monde, je m’appelle B-ER-TE-D-DE-CHE-A-O-BE…

Le moniteur lui souffla :

- Melvyn Alsaïmeur, t’as compris ? Melvyn AL-SAÏ-MEUR !

- Merci, Mat-DRE-TRE… Comment tu t’appelles, déjà ? Bon. Je suis le… le…

- Le cuisinier.

- Oui, je suis le cuisinier. Pour le menu, j’ai réfléchi à… à un truc.

- Applaudissez, exploit remarquable, c’est rare qu’il réfléchisse.

- Au m’nu, il y aura pour votre plus grand plaisir que des… des choses que je suis sûr vous aimerez, c’est ma spécialité !

Il y en aurait pour tous les goûts. Florence tomba de sa chaise quand elle entendit « Magret de cheval ». Aux mots « Confit de corbeau », Yuuki et Quentin se regardèrent... Quand le cuistot parla de « Chaussures aux pommes », Emilie malgré sa fatigue commença à danser sur la table : elle adorait ça. Aku réussit à la faire s’assoir mais elle se mit alors à baver en imaginant ses chaussures aux pommes. Oriana, elle, rêvait juste d’un filet mignon – elle trouvait le cochon moche, elle ne voulait plus en voir sur notre chère planète – puis de partir se coucher dans un lit deux places, moelleux, oui, elle pensait à son petit (enfin… grand) nid douillet… quand Melvyn annonça pour les gourmands des « Fraises Takada rose cochon » !

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vendredi, janvier 27 2012

Et la gagnante est...

Bon, où est-il, ce centre ? Je l’ai peut-être dépassé... J’aime bien marcher mais là, je n’en peux plus. J’ai faim ! Les rues sont mal éclairées, je ne sais pas trop où je suis, je n’ai plus de gâteaux, il ne manquerait plus que je ne sois pas au bon endroit et qu’il n’y ait pas de restaurant, et qu’au final je me trouve sur une route avec des voitures, et que je tombe en voulant les éviter et que je me fasse mal. En plus, maintenant, il fait nuit, il y a du brouillard et j’ai froid ! Je commence à désespérer… J’aurais mieux fait de rester chez moi. Je marche depuis ce matin, et je ne trouve toujours pas ce fichu centre ! Et puis ma mère me manque un peu… Mais je ne suis pas toute seule, mon petit serpent est avec moi, pourquoi je dramatise ! Ca doit être maman qui dramatise, en pensant à tout ce qui a pu m’arriver. Je me demande quelle est la pire idée qu’elle ait eue, il faudra que je l’appelle. Quand je repense à la façon dont je l’ai rembarrée ! Je regrette de ne pas lui avoir laissé une lettre sur le bureau. Je lui téléphonerai quand je serai au centre. Si je le déniche ! En attendant, je fais ce que j’ai toujours fait, je marche. Mon ventre crie famine. Je mangerais bien un gâteau au chocolat… Tiens, de la lumière… Je vais aller voir ce que c’est…

OFEMQ ! C’est là ! A manger, à boire, du chauffage… Ahhhhhh !

Dans sa précipitation, Emilie n’avait pas vu l’escalier à descendre pour atteindre le centre. Quand elle eut fini de rouler jusqu’en bas des marches, elle était évanouie. Son serpent se glissa dans la salle où les autres étaient arrivés dans l’après-midi. Ce fut le chaos général : tous les jeunes étaient montés sur la table et criaient. Aku les calma, alla dans le couloir voir d’où venait le reptile et trouva Emilie, la ramena.

- Ah ! Mes yeux ! Ca brûle ! Où je suis ? ! Qui sont ces gens ? ! Maman ! Et puis : Aïe, ma tête ! J’ai mal ! Je sens plus mon bras ! Et Nigi ! Où est Nigi, mon serpent ?! Nigi ?!

- Tout doux… Bienvenue… J’ai mis ton Nigi dans une boîte et tu vas appeler ta maman pour la rassurer. Et c’est normal si tu as mal, tu es tombée dans l’escalier.

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Jeu dangereux

L'ambiance était pesante. Bien pesante. Le moniteur tapa deux fois dans les mains, se racla la gorge avant de proposer : « Bon, pour détendre l'atmosphère, je vais vous présenter un jeu. » Quelques grognements accueillirent la déclaration. Ils provenaient principalement de Quentin et Oriana. Yuuki leva les yeux, intéressée. Florence rougit violemment. Aku laissa passer quelques secondes, évalua les réactions, avant de continuer : « C'est très simple, vous prenez une feuille, vous décrivez votre caractère en quelques lignes, anonymement. On met tous vos billets dans un chapeau, j'en pioche un, je le lis à voix haute et tout le monde cherche à savoir qui c'est. Pas de triche, d'accord ? » En disant cette dernière consigne, il n'imaginait pas à quel point elle ne serait pas respectée.

Yuuki toujours aussi docile en apparence commença immédiatement. Florence, elle, ne savait que mettre. Elle hésita, puis se lança. Quentin ne regardait pas sa feuille. Ce n'est pas pour moi. Il croisa le regard noir d'Aku et se mit immédiatement au travail. Oriana se refit une beauté, se plaignit de la tête de son stylo, le saisit à contre-coeur et... le reposa. Elle venait de se casser un ongle. Le moniteur passa près d'elle, lui tendit un autre stylo. Grave erreur... Elle le regarda avec provocation. La seconde d'après, elle notait un tas de choses. On ne connaîtrait le « résultat » que bien plus tard...

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L'odieux des adieux

A présent, le monde que Yuuki avait connu ne serait plus jamais le même. Sa séparation de Yaka’ et sa famille, c’était maintenant ! Elle se retourna lentement comme dans un mauvais film d’horreur, mais elle n’en prit conscience que lorsque son geste fut terminé. Elle regarda Yakarire qui pleurait. Elle le serra dans ses bras, avec la plus grande force dont elle était capable… Ses adieux avec la mère de ce même Yaka’ furent beaucoup plus formels.

Oriana ne voulait, mais alors vraiment pas, rester ici. Elle serrait le col de Paul plus comme une balle antistress que comme un col. Mais elle sentait déjà son maquillage s’ébrécher, se craqueler. Elle lâcha donc son jouet zen pour prendre sa trousse de maquillage. Malheureusement pour elle, Paul était bien loin d’être aussi stupide que ce qu’imaginait Oriana, et celui-ci prit la tangente en moins de deux. Elle se retrouva alors « seule », désemparée dans ce monde boueux.

La mère de Florence susurra à sa fille effrayée :

- Ne t’en fais pas, ma chérie.

- Et je devrais faire quoi ? Vous me laissez là ! Comme un chien qu’on dépose à la SPA !

Elle tremblait de tout son corps, flocon chutant du plafond de ce monde, et cela n’était pas qu’une image, ses genoux flanchaient déjà, elle tomba, à genoux, en pleurs… Elle avait froid à présent, elle rouvrit les yeux face à la sortie… et rien. Une agglomération de brindilles comme dans les westerns aurait pu passer car devant elle, il n’y avait rien.

- Quentin ? Quentin !

Ils me font signe de venir avec eux ?  Ah, ils veulent que je leur dise au revoir. Je vais leur tourner le dos.

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jeudi, janvier 26 2012

Suivez le guide...

On commença par les chambres, elles intéressaient tellement les parents. Les deux pièces, SEPAREES, étaient presque identiques. Des lits superposés, une fenêtre rose fuchsia avec des autocollants Goodbye Kitty pour les filles, une fenêtre bleue noire d’idéogrammes japonais pour les garçons. Pour finir, il y avait un truc informe dans un coin de chaque chambre qu’Aku nomma : « armoire ».

- C’est Bob Karveseritinoyokaritalo qui a fait la déco. Je sais. Il m’a fallu une vie pour arriver à prononcer son nom.

Tous s’exclamèrent : « C'est quoi cette déco ?! »  

Aku répondit qu’elle serait à la mode dans les années 3000, avant d’inviter les gens à poursuivre la visite : la bibliothèque (« horreur, que des livres ! » ), la salle de musique (une sorte d’amphithéâtre), la salle multisports, les douches (sobres mais propres), la véranda avec vue sur le roc d’Anglars et enfin la cuisine. Problème : spacieuse mais encombrée d’installations d’un autre âge. Carrelage blanc étincelant… luisant de gras. Vaisselle sale dans un évier pourri où traînaient, au fond, de vieux cheveux.

- Oui, mais…

- La nourriture, ici, est tout ce qu’il y a de plus sain ! D’ailleurs, notre cuisinier va bientôt prendre son service pour préparer le dîner des jeunes, si vous voulez bien sortir…

- Oui, mais…

- D’ailleurs, je crois qu’il est grand temps pour vous de prendre congé de vos enfants.

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lundi, janvier 23 2012

Discours d'accueil - Oui, mais...

Les " invités" furent bientôt réunis dans la grande salle à manger du centre.

« Chers jeunes, chers parents, amis… Il manque une candidate à l’aventure, mais nous allons démarrer sans elle… Tout d’abord, bienvenue à l'OFEMQ (Organisme de Formation de l'Elite du Midi-Quercy). Je suis Walter Letos, le mono du centre, mais appelez-moi Aku. Comme vous le savez, nous accueillons les adolescents qui ont de légers problèmes pour des séjours qui leur permettent de se détendre et d’améliorer leurs performances dans de nombreux domaines. Nous pratiquerons plusieurs activités telles que l’escalade, la spéléologie, le vtt, le canoë-kayak, de la randonnée… et nous irons camper dans les bois. Pendant ce séjour, les appareils électriques seront interdits à l’intérieur du centre. Les repas se prendront à 7h, 12h30, 19h. Le couvre-feu est à 22h. »

Une femme se leva et dit : «Euh, excusez-moi de vous couper mais est-ce que les garçons dormiront séparément des filles ? »

- N’ayez aucune crainte, les chambres sont séparées.

- Oui, mais…

- Les douches aussi sont séparées.

- Oui, mais…

- De toute façon, il n’y a qu’un garçon !

Ce ringard de moniteur a commencé son discours de bienvenue… Pendant ce temps j’écoute « TNT »… Non mais qu’est-ce qu’ils ont  tous à me regarder, ces débiles, ils n’ont jamais vu un gothique de leur vie ou quoi ? Je vais leur lancer mon regard le plus méprisant possible et me replonger dans ma musique.

Yuuki observa à travers ses cils le gothique qui répondait – ne répondait pas ! – au nom de Quentin. Il était assez beau gosse, enfin, sa beauté était plutôt intérieure. Bon, pour tout dire, son aura était d’une noirceur effroyable. « Ce n’est pas mon style » décida-t-elle d’emblée. Mais son « autre elle » réagissait à sa présence. Elle aurait du mal à la maintenir encore longtemps au plus profond de son âme. Elle croisa son regard, il le détourna une seconde avant qu’elle fasse de même. « Il est peut-être sympa, finalement … » pensa-t-elle.

C’est qui celui-là ? Avec ses mèches vertes dans les cheveux et ses habits tout noirs… aucun goût ! Pire : dégoûtant ! Son t-shirt troué, quelle honte ! Et ce pantalon plein de boue ! Et ses chaussures, ça fait combien de temps qu’il les a ? Elles datent d’au moins deux mois ! On dirait un clochard pouilleux avec du vomi dans les cheveux. Je ne sortirais même pas de ma chambre habillée comme ça !

Florence était encore plus horrifiée qu’Oriana. Elle grelotta : « Je ne l’aime  pas, pas du tout… Il me fait peur avec sa maladie… il ne faut surtout pas qu’il s’approche de moi… »

Aku intervint : « Il dormira avec moi ! »

- Oui, mais…

- Les jeunes ne sortiront pas sans être accompagnés. D’autres questions ?

- Oui, mais…

- Personne ? Passons à la suite. Je vais vous demander de me… suivre, afin de visiter nos locaux.

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vendredi, janvier 20 2012

Des forêts, loin du monde, des falaises...

Oriana regarda par les vitres teintées : pas de boutiques, mais des forêts ; pas de personnes célèbres, mais des paysans et des vaches. Elle se sentit perdue. Ici, elle serait loin de sa fortune et de ses chaussures à talons. Elle serait loin du monde, loin de tout. La limousine s'immobilisa, elle stressa énormément : « Non ! Je vous en supplie ! Ne me laissez pas descendre ! » cria-t-elle à Paul en l'attrapant par le col de son costume.

Florence aussi stressait, angoissait et même tremblait, la réalité alentour s’en trouvait troublée… Elle était au bord des larmes.... Les autres… La voiture s’arrêta trop brusquement, et le choc lui enleva sa retenue, elle laissa s’écouler ses larmes… Il y eut, après ça, un : « Ca va, Flo ? » Eh bien non, comme d’habitude, non… Elle osa sortir de l’habitacle, mais traîna les pieds... et s'assit après une courte marche. « Les autres » l'attendaient.

« Quentin, nous sommes bientôt arrivés », grommela le beau-père.

Enfin, on approche... Pas trop tôt ! Ils ont enfin arrêté de se crier dessus, devant, maintenant ils boudent. Les rocs qui entourent Saint Antonin sont super hauts… J'imagine le nombre de personnes qui se sont jetées du haut de ces falaises ! Et puis, dans les bois, il doit y avoir des loups, j'adore les loups, ils sont rapides, puissants, et ce sont des créatures de la nuit... J'adore les loups. Je préférerais vivre avec eux plutôt qu'avec ma mère et mon beau-père et leurs interminables disputes. Voilà le village ! Je m'attendais à le trouver ennuyeux, normal mais il est sombre, avec des ruelles tortueuses, un lieu propice au meurtre !

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Saint-Antonin ?

C’est… ça, Saint Antonin ?

- Encore désolée Yuuki, de ne pas pouvoir te garder… Je suis vraiment désolée, s’excusa platement la mère de Yakarire. Pendant ton séjour au centre, je te chercherai une famille d’accueil adaptée.

- Non, non ! Ne vous inquiétez pas ! voulut la rassurer la jeune fille en rougissant. Cela faisait plus de dix ans qu’elle vivait avec eux, et elle n’était toujours pas capable de la tutoyer.

- C’est pooouuurrriii, Saint Antonin. Y’a que des vieille baraques ! S’insurgea Yakarire. Ma vieille, tu vas t’en faire, des montagnes, parc’que y’en a un paquet rien qu’aux alentours. Bonne chance !

- Ah ! Euh… Merci ! balbutia Yuuki, gênée mais toujours souriante.

- Jacques ! Surveille ton langage, le gronda sa mère. Surtout que Saint Antonin est un très beau village historique, avec de belles pierres. Profites-en pour te cultiver, parce que c’est ce qu’il te manque. De la CU-RIO-SI-TE ! martela-t-elle. Et toi, ma petite Yuuki, tu aimes ?

- Euh… Oui, j’aime bien, dit-elle, ne voulant pas contrarier cette mère à forte personnalité.

Mère. Maman. Des types en noir. Les corbeaux. La mort. Et « l’autre ». Yuuki refoula difficilement ses sombres pensées. De ses yeux, même onze ans après, perlaient des larmes de détresse. Yakarire connaissait bien cette expression. Il prit sa meilleure amie par le bras et dit gentiment : « Viens Yuuki, on y va… » La jeune fille se laissa emmener docilement, comme à son habitude. Elle ne contrariait jamais personne. Conciliante. Douce. Gentille.

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Emilie !

Il n'y avait qu'Emilie à vouloir absolument ce voyage. Sa mère n’était pas d’accord. - Qui t’a mis cette idée en tête ? - Personne, j’ai vu ça sur Facebook. - Tu n’iras pas. - Si ! - J’ai dit : non. Emilie avait tapé du pied par terre. Sa mère lui avait donné une claque. La jeune fille avait crié : « Je ne t’ai pas demandé ton avis, bouffonne ! » puis foncé jusqu’à sa chambre et claqué la porte. Avant le lever du jour, elle fugua. Elle partit à pied, en emportant toutes ses paires de chaussures. Elle les aimait. Elle leur avait donné des noms : il y avait les Croco Sportif pour courir, les Victoria pour courir plus vite, les Reeplouc pour marcher dans la boue, les Nickel pour les soirées, les Conserve, qu’elle ne mettait jamais... Elle prit aussi d’autres « choses » qu’elle adorait : son serpent, un cobra désenvenimé qu’elle appelait Echarpe – elle s’en servait d’écharpe – et dans son sac, des vipères. Quand une voiture passerait, elle la fouetterait avec. Elle avait horreur des voitures.

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Florence, Quentin, et...

Florence, elle, se tut jusqu’à son arrivée. Elle aurait aimé être avec Dumbo, son cheval, resté dans le pré de ses grands-parents. Lui dire qu’elle ne voulait pas y aller. Elle ne voulait pas voir les autres, elle avait peur, très peur des gens. Elle avait oublié son bâton de twirling et il lui manquait déjà. Non, elle ne voulait pas y aller. Elle regardait la photo de son cheval et elle avait envie de lui parler. Elle ne voulait pas y aller.

Quentin non plus. Sur le siège arrière, il écoutait Slipknot, son groupe préféré. Cette musique le faisait partir… Et son beau-père au volant commença à hurler. Il entendit son beau-père « gueuler » alors que le son de son Mp3 était au maximum. Il se rongea les ongles, nerveux à l’idée de laisser seules sa mère et sa sœur avec ce sale type.

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Oriana

Ce même matin, Oriana quitta son quartier chic de Paris, conduite par Paul, son chauffeur, dans la belle limousine de son père. Elle se demanda si elle n’avait pas oublié son maquillage et son miroir qui ne la quittaient jamais. Ses parents avaient souhaité qu’elle parte là-bas pour découvrir une autre vie que celle de milliardaire. Elle se demanda ensuite si elle n’avait pas oublié son survêtement « friqué » à paillettes dorées. Elle retourna sa valise pour le retrouver, c’était son survêtement fétiche. Puis elle questionna Paul : Là-bas, y aurait-il des banques ? Et si oui, y aurait-il des boutiques de marques et des bijouteries pour dépenser l’argent ? Elle partait pour une « espèce de colonie »... Elle n'avait jamais entendu ce mot auparavant. Serait-elle logée dans un hôtel 5 étoiles ? La servirait-on comme le faisait Alexandre, son majordome ? Y aurait-il de beaux garçons ? Oriana posait des questions mais elle craignait le pire. Elle supposait que le premier truc qu'elle verrait en sortant serait de la terre mouillée, des porcs, et qu'après elle mangerait des patates tous les jours...

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Yuuki

Yuuki, Oriana, Florence, Quentin et Emilie ne se connaissaient pas encore.

C’était une belle matinée d’été ensoleillée pour Yuuki, aucun corbeau à l’horizon. Et les parents de son ami Yakarire lui annoncèrent qu’ils ne pouvaient plus la garder. La mère de Yaka’ venait de se faire virer. Plus assez d’argent pour la garder. Ils dirent à Yuuki qu’ils allaient trouver une maison pour elle, pour qu’elle prenne un nouveau départ. Le sourire de son ami, toujours de bonne humeur, s'effaça soudain en apprenant qu’ils allaient être séparés. Pendant le trajet, Yuuki réfléchit à son avenir dans un nouveau lieu, tout en remuant sans cesse son passé douloureux. Oui, elle repensa à son ancienne vie et finit par se dire que celle qui se présentait ne pourrait que lui apporter une nouvelle chance de repartir à zéro, et que de toute façon, ça ne pourrait pas être PIRE. Et puis, elle avait pris son katana, elle le serra contre elle.

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